Projections à la médiathèque

Projections de films d’artistes et de documentaires de la collection du Centre Pompidou à la médiathèque Condorcet

Lorsqu’on parle d’abstraction, on pense rarement au cinéma, plutôt à la peinture, à la sculpture. Il existe pourtant – depuis le début du 20e siècle – des films abstraits. En écho au parcours « Cercles et carrés » montré dans le Centre Pompidou mobile, une programmation de huit de ces films est ici proposée. Ils ont été réalisés entre 1923 et 1971.

Lorsque le cinéma naît, à la fin du 19e siècle, c’est de la rencontre d’un ensemble d’innovations industrielles et techniques : les émulsions rapides, le support de nitrate de cellulose souple et transparent, la perforation, etc. Mais le cinéma n’est pas seulement une nouvelle forme d’image, il est aussi un spectacle : durant tout le 20e siècle, la projection publique sera son horizon. À ses débuts, bien souvent, il emprunte au théâtre, à la littérature, plus rarement à la peinture. Le jeu d’acteur, les formes de récit, les cadrages qu’on voit dans les films sont donc redevables à d’autres arts. Au fil du temps, le cinéma acquiert son autonomie et produit un langage qui lui est propre.

Cet art nouveau nourrit les œuvres des peintres modernes. Le mouvement des images, notamment, fascine et influence nombre d’entre eux. Que l’on pense, par exemple, à certaines œuvres présentées dans le parcours « Cercles et carrés » : la roue de bicyclette de Marcel Duchamp, les cercles de Kupka, la ville animée de Fernand Léger. En retour, certains cinéastes commencent à jouer avec l’une des inventions de la peinture : l’abstraction.

C’est en 1912, deux ans après l’apparition de ce mouvement, que les premiers films abstraits sont réalisés par deux artistes futuristes italiens, Bruno Corra  et son frère Arnaldo Ginna. Mais le genre se développe surtout à partir des années 1920 en Allemagne. Walter Ruttman, dont une œuvre est montrée ici, est le premier à présenter publiquement un film abstrait, Opus I, à Berlin, en 1921.

Les films de cette programmation sont tous réalisés par des pionniers de que l’on nomme tout d’abord le cinéma d’avant-garde, puis le cinéma expérimental. Ils abandonnent ce sur quoi repose la popularité des films : l’acteur, le récit. Il ne s’agit plus de raconter une histoire, de l’interpréter, de la mettre en scène, mais d’inventer de nouvelles visions et de jouer avec les éléments qui constituent le film : la lumière, le mouvement, la pellicule, le collage, le montage… Comme nombre de peintres abstraits, ces cinéastes prennent modèle sur la musique. Ils jouent ainsi avec les matières, les lumières comme s’il s’agissait de notes, de sons ; ils portent au rythme une attention soutenue.
Certains – tels ici Norman McLaren et Len Lye – font du cinéma sans caméra, peignent à même la pellicule. La frontière entre cinéma et peinture n’est d’ailleurs pas toujours aisée à définir : nombre de films abstraits sont en fait réalisés par des peintres de formation sur des supports divers (cartons, papiers, plaques de verre, etc.), et filmés ensuite selon les techniques du cinéma d’animation.
Le cas de Hans Richter est significatif d’un rapport complexe, entre peinture et cinéma. Formé à la peinture, il s’intéresse aux possibilités du cinéma après avoir fait la connaissance, en 1918, d’un peintre suédois nommé Viking Eggeling. Ils travaillent un temps ensemble, utilisent de longues bandes de papiers comme support de leurs œuvres. Les formes abstraites qu’ils y figurent se lisent ainsi progressivement, et deviennent dynamiques. Richter n’avait donc plus qu’un pas à franchir pour faire du cinéma. En 1921, il réalise ainsi l’un des premiers films entièrement abstraits, Rythmus 21. Il n’élimine cependant pas tout élément figuré de sa production : dans Filmstudie, présenté ici, des visages et des yeux apparaissent de manière intermittente.

Films d’artistes
  • Introduction de Philippe-Alain Michaud, conservateur chargé de la collection des films au Centre Pompidou, présentant les films abstraits (5 min)
  • Werner Graeff, Filmkomposition I et II, 1922-1977 (3 min 46)
  • Hans Richter, Rhythmus 23, 1923-1925 (3 min 23)
  • Walter Ruttman, Opus III, 1924 (4 min 35)
  • Marcel Duchamp, Anémic cinéma, 1925 (8 min 32)
  • Hans Richter, Filmstudie, 1926 (3 min 52)
  • Len Lye, Colour Box, 1935 (3 min 47)
  • Robert Breer, Forum Phase IV, 1954 (4 min)
  • Norman Mc Laren, Synchromy, 1971 (7 min 34)
Films documentaires
  • Alain Jaubert, Kandinsky : Figures de l’invisible (31 min 22) – La Sept-Arte/CNAC GP/Delta Image/1994
  • Colette Ouanounou, Dans l’atelier de François Morellet (10 min 38) – SCEREN CNDP/CRDP – Centre Pompidou – 2011
  • Alain Jaubert : Duchamp, « le temps d’une spirale », (30 min )  – La Sept/CNAC GP/Delta Image/1993
  • Colette Ouanounou, Morellet et les mathématiques (09 min 06) – SCEREN CNDP/CRDP – Centre Pompidou – 2011
  • Philippe Puicouyoul : Daniel Buren, un artiste sans atelier (48 min) – CNAC GP/La Sept/HPS-Films/1988
  • Alain Bergala : Fernand Léger, les motifs d’une vie (52 min 10) – 1997/CNAC GP/RMN/La Cinquième/Paris première/Films du Tambour de soie
  • Catherine Zins, Soto, 1995 (47 min) – Terra Luna/CNAC GP/RMN/1995

 

 

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