Architecture

UN PARI ARCHITECTURAL

« Le Centre Pompidou mobile est l’héritier de l’architecture utopique du Centre Pompidou. » Alain Seban.

L’architecture du Centre Pompidou mobile se compose de trois tentes, constituant une structure de toile colorée et polymorphe. Elle s’inscrit dans l’histoire des architectures culturelles temporaires, dont l’une des premières références est le Crystal Palace de Paxton. Celui-ci se voulait montable,  démontable. Prototype des architectures de fer du XIXe siècle, il est à ce titre, parfois cité comme l’une des sources du bâtiment de Renzo Piano et Richard Rogers pour le Centre Pompidou.

Le Centre Pompidou mobile s’étend sur 650 m2 et s’articule autour de modules reliés entre eux par des sas.  Des solutions éco-responsables sont préférées pour climatiser la structure afin d’assurer le confort du public. Le Centre Pompidou mobile joue ainsi la carte de l’innovation, de la qualité environnementale, de l’économie des moyens et de la standardisation des éléments constructifs. Il est populaire, festif, contemporain. Ce petit musée est l’expression de l’esprit imaginé par Renzo Piano et Richard Rogers : modulable, transformable, mobile.

ENTRETIEN ENTRE ALAIN SEBAN , PRÉSIDENT DU CENTRE POMPIDOU ET INITIATEUR DU PRO JET, ET SON ARCHITECTE, PATRICK BOUCHAIN.

Patrick Bouchain – Les architectes du Centre Pompidou eux-mêmes considèrent que le Centre est une oeuvre utopique et espiègle. Je pense que sans ce bâtiment plein de choses n’auraient pas pu voir le jour. Il fallait que le Centre Pompidou soit construit pour que les choses changent. Aujourd’hui, tu as proposé d’entraîner plus loin le Centre Pompidou, dans l’élan du Centre Pompidou-Metz, jusque sur les routes de France… Il se trouve que c’est une même idée qui m’inspire depuis près de 40 ans. C’est donc une joie d’avoir été choisi. On peut juste se demander pourquoi personne n’a eu cette idée avant. C’est une idée simple, mais il faut être héroïque pour la proposer, la réaliser, pour l’oser sans l’imposer.

Alain Seban – C’est effectivement le prolongement de Metz et c’est aussi différent : le Centre Pompidou-Metz est un équipement lourd conçu pour s’enraciner durablement dans un territoire tandis que le Centre Pompidou mobile est une structure légère imaginée pour irriguer des territoires très divers, en zone rurale, en périphérie de grandes villes, dans des villes moyennes. Il porte toutes les valeurs du Centre, c’est aussi un écho de son architecture. N’oublions pas que le Centre Pompidou est l’héritier des Crystal Palace, d’Archigram, des architectures de loisir, de l’architecture utopique. Dans son bâtiment vit cette idée de la flexibilité et de la souplesse… Avec le Centre Pompidou mobile on retrouve cette agilité, cette légèreté. Et on démultiplie notre capacité d’agir. Le second défi, c’est l’élargissement des publics évidemment : un Français sur deux n’est jamais allé au musée ; nous allons à leur rencontre. À Chaumont, en Haute Marne (NDLR : la première ville étape), seulement un tiers des habitants déclarent s’être rendus au musée au cours des cinq dernières années. On est donc face à des enjeux considérables. Et on va pouvoir agir très directement avec le Centre Pompidou mobile en mettant en marche cette idée – qui est le coeur même du projet du Centre Pompidou – : augmenter la surface de contact entre l’art et la société.

Patrick Bouchain – Au-delà du public, le Centre Pompidou mobile va aussi jouer un rôle : auprès des collectivités, des personnels techniques, sa venue favorise la réflexion sur l’architecture et la programmation urbaine. Une fois le Centre Pompidou mobile démonté pour une nouvelle itinérance, ce n’est pas un équipement qui manquera, mais c’est un équipement qui aura révélé une nouvelle richesse. Le Centre Pompidou mobile aura alors peut-être donné envie à d’autres d’imaginer des équipements moins chers, partagés…

Alain Seban – Le Centre Pompidou est une institution avec un grand « I » de la République avec un grand « R ». Ce projet est profondément républicain. La République comme on l’aime : celle de Valmy et de la levée en masse, celle de la IIIe République, celle de l’école laïque. Être une grande institution, c’est une bonne chose, c’est important pour les artistes, cela pèse vis-à-vis de l’étranger, mais c’est être aussi juché sur un piédestal dont il faut savoir descendre. Je pense que le Centre Pompidou mobile nous y oblige, nous remet de plain-pied avec la réalité de notre époque.

Patrick Bouchain – Et d’ailleurs on dit toujours d’un cirque que c’est un bâtiment de plain-pied : un bâtiment qui se pose à même le sol, qui n’a pas de fondations, qui est de plain-pied avec la population.

Alain Seban – On aurait pu l’appeler « le Centre Pompidou nomade » mais « mobile » m’est apparu un terme plus juste.

Patrick Bouchain – Au coeur de l’idée de ce projet, il y a la notion de la mobilité au sens large : des comportements, de la pensée de l’action. La plus belle des architectures, c’est celle dont le nom porte tout le sens de la commande, comme ici avec le Centre Pompidou mobile. Par la venue momentanée d’un équipement culturel, vous diversifiez le contact par surprise, tandis que s’ancrer définitivement dans un endroit, c’est définir à tout jamais la surface de contact. C’est pour cette raison que je crois à la mobilité en architecture : elle démultiplie cette chance de contact alternatif. Je pense aussi qu’il est plus facile d’aller vers un petit équipement et d’y revenir. […] Je crois avoir été choisi pour mon expérience d’architectures démontables. Dans ce domaine-là, celui de l’alternatif et du mobile, il est précieux d’avoir de l’expérience, car plus d’un bâtiment défini comme démontable n’a souvent été monté qu’une fois… le CENTRE POMPIDOU MOBILE

Laisser un commentaire

  •  

  •  

  •  

  •  

  •  

  •  

  •  

  •  

  •  

  •  

  •  

  •  

  •